02/03/2009

Little Giorgio against Big Michel



Pour accéder à la Chapelle Sixtine, on traverse, au pas de course, de longs couloirs, pressés de pénétrer dans la caverne et de se laisser envelopper par l'excès, la profusion des corps et couleurs de Michel Ange. Mais devant le chef d'oeuvre, on reste interdit, on ne sait pas où donner de la tête. Collé au sol, on cherche à accrocher les regards de la voûte, à retrouver les personnages mille fois vus en reproduction, on joue inconsciemment à Charlie, grandeur nature. Et on doit s'extasier, point.
On aurait dû ralentir l'allure, ne pas se laisser entraîner par ce mouvement absurde. Dans le couloir, se tenait, en retrait, ce petit tableau discret, silencieux.
Les objets donnent forme à notre monde en se posant sur le réel. Ils coexistent dans des distances attendues. Nous passons notre temps, sans y penser, à les déplacer. Ils doivent toujours, en fonction de leur destination, se tenir à leur place et à la bonne distance les uns des autres. En effectuant un simple rapprochement, Morandi fait surgir l'étrangeté du monde, son insondable mystère et nous dérange, en douceur.

(Vatican, février 2009)

13 commentaires:

  1. Le monde est ici pour être saisi, conquis et réinventé.

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  2. il est c'est vrai une galerie vaticane
    ante sixtine itou,
    celle des cartes
    dont l'extension mesure la distance de l'étrange(r)

    mais ces terres papales aux objets rapprochés, sont aussi contraction de l'espace et désir de possession

    apprivoise moi dit le renard en s'éloignant

    palpitation de l'espace, extension, contraction

    comme si little giorgio rapprochant ses objets dans son petit tableau discret et big michel les étirant en perspective au plafond de la sixtine scandaient finalement le même dit

    fulgurant
    brûlant
    et récurent

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  3. "Ils coexistent dans des distances attendues. Nous passons notre temps, sans y penser, à les déplacer. Ils doivent toujours, en fonction de leur destination, se tenir à leur place et à la bonne distance les uns des autres."
    En te lisant, ça me donne l'impression qu'on est bien là, tous serrés bol contre bol...

    (j'envie ton périple là-bas...)

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  4. Fish,
    Ici ? ;-)

    Cambleff,
    On doit, en tant qu'homme, faire le choix : le toujours plus ou le juste moins. La folie des grandeurs ne m'impressionne pas.

    Le Vatican maintient son emprise sur Rome, dicte sa loi divine contre la loi commune italienne
    et exaspère une bonne partie du peuple.

    Katy,
    Je n'avais pas fait ce rapprochement, il m'échappe quand je m'éloigne. ( Mais si ce tableau évoque, et c'est probable, notre condition ici, je nous trouve un peu pâle.;-))

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  5. Caillou,

    je veux dire:


    le même dit
    fulgurant, brûlant et récurent:le Désir

    j'ai été frappé par sa palpitation tangible et ses (dé)voilements par big michel
    voir pour commencer le pêché originel et son eve si masculine...

    et little giorgio à sa mesure étrange qui déclame sa proximité... voilée

    flux et reflux de la mer
    c'est la même onde qui l'anime ?

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  6. Caillou,

    pour le reste, c'est dans saint pierre que j'ai physiquement ressenti le césaro-papisme
    démesure et écrasement...

    refuge: de big michel justement, la pièta aux proprtion si humaines par contraste
    l'amour , la douleur
    le délaissement
    toujours

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  7. Couleur caillou qu'est-ce que tu veux... ;)
    (moi j'espère être la p'ite colorée la derrière)

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  8. Cambleff,
    Oui, je relie les deux, c'est en longeant la surface de l'une qu'on arrive sur l'autre et inversement. C'est le chemin sur l'anneau, la caresse du regard sur la peau.
    (Le grand Culottier a largement atténué l'extrême sensualité du père Michel.
    La Pieta, sublime oeuvre de jeunesse, (pas 24 ans) seule oeuvre signée ( de rage d'avoir été pris pour un imposteur ;-)

    Katy,
    ça me rappelle le petit seau orange, dans une autre vie ;-)

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  9. Ca m'a fait un peu pareil, à la Scrovegni ou la basilique St Antoine. De quoi en perdre sa voix.

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  10. C'est ce que j'appelle de la peinture. Vraiment.
    la spiritualité devenue objet qui incarne toute la diaphanéité d'un ciel apprivoisant la matière.

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  11. Pixel Bleu,
    Les lieux habités nous racontent de drôles d'histoires.

    Safir,
    Je suis content que tu apprécies ce petit tableau, ainsi nous avons partagé cette image.

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  12. Morandi fait surgir la matérialité toute nue, comme une pudeur d'objets... une caresse de la peinture.

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  13. Amel,
    La peinture (matière, objet, technique...) ne m'intéresse pas, seul l'homme me retient. J'ai mis du temps à comprendre, des années à me confronter à la toile, et un jour, je me suis libéré : la question de l'art n'est pas plus là qu'ailleurs, elle est partout la même : comment se débrouille-t-on avec les moyens du bord. Ce tableau est, pour moi, une réponse pleine de sensibilité, de désarroi et d'humour. C'est Morandi qui me plait dans ce tableau.

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