01/05/2008

Rothko n°2




" Je ne suis pas un peintre abstrait. Je ne m'intéresse pas aux relations de couleur ou de forme ou quoi que ce soit d'autre. Je ne m'interresse qu'à l'expression des émotions humaines fondamentales -tragédie, mort, extase...- et le fait que beaucoup de gens s'effondrent lorsqu'ils sont confrontés à mes tableaux montre que je communique ces émotions humaines fondamentales. Ces personnes font la même expérience religieuse que celle que j'ai eue lorsque je les ai peints... Quand une foule de gens regarde une peinture, j'ai le sentiment d'un blasphème, je crois qu'une peinture ne peut communiquer qu'à des individus auxquels il arrive d'être en harmonie avec elle et avec l'artiste".

(J'ai lu ça après avoir fait le guignol au musée et ça m'a un peu troublé, quand même... Un détail important : ce n'est pas ma chevelure abondante qui descend en bouclant sur les épaules, c'est ma capuche pas fermée.)

6 commentaires:

  1. Ca c'est bien un plan d'artiste:
    Il lui faut absolument faire croire que son art, puisqu'il confine au sacré du moins à ses propres yeux, exige de celui qui l'admire une posture quasi mystique, qui en quelque sorte, canonise l'oeuvre...
    Mais bon, c'est pour ça qu'on les aime...Hein, on leur pardonne tous à ces zozos là.

    : )))

    Joruri

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  2. Johu,
    Je ne vois pas les choses comme ça. Il y a dans ses propos comme dans ses tableaux une mise à nue des liens qui tissent le sacré et l'image dans notre culture. Notre civilisation agenouille l'homme devant l'image.

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  3. Il y a quelque chose qui me dérange dans ce que dit Rothko.
    comme s'il plaçait
    l'oeuvre artistique au dessus de tout,comme si, c'est elle qui était sacrée.
    A mon sens ce n'est pas elle qui est sacrée mais seulement ce qui PEUT se passer entre l'homme et la création -aussi grande ou petite soit elle-.

    Il est sans doute difficile à l'artiste de livrer son oeuvre au regard des autres.
    C'est accepter que sa création lui échappe et devienne autre chose.
    Mais sans cela elle ne peut devenir une oeuvre.
    Quelque chose de lui-même lui échappe qui ne peut être rendue que par le regard de l'autre.

    L'oeuvre se met à vivre par cette rencontre qui la transforme inévitablement.
    Là est sans doute cette dimension "sacrée", un lien qui se crée, une vibration par une rencontre inattendue.

    Je suis également gènée par cette notion d' élite qu'il semble considérer à la hauteur de son oeuvre, cela en opposition à une masse indigne.
    Peut-être pense-t-il a ceux qui font de la simple consommation culturelle sans chercher à entrer en résonance.

    Mais parfois par inadvertance, au détour d'un regard aussi simple soit il une magie s'opère.
    Une bréche s'ouvre.
    Quelque chose s'offre et s'invente.

    Il me semble que c'est cette POSSIBILITE de rencontre qui fait l'oeuvre.
    Donc accepter auusi que parfois rien ne résonne, car c'est inévitable.
    C'est la tragédie de l'humain d'ailleurs.
    Faire avec cela.
    N'être rien au regard de certain.

    Créer c'est offrir une possibilité de rencontre et donc aussi accepter qu'elle puisse ne pas se faire.
    Un don finalement qui
    accepte la différence de l'autre.
    Parce qu'il n'y a pas d'autre choix.

    Mais si aucun regard ne passe même pour juste effleurer cette oeuvre, comment cette magie pourrait elle opérer?

    Il faut donc à l'artiste accepter que rien ne se passe.
    Et c'est vrai que cela est terrible.

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  4. Corinne,

    ...Un prolongement (désordonné) :
    La notion d'artiste m'échappe, c'est toujours l'histoire d'un homme, qui, face à son destin, laisse une trace silencieuse et colorée de sa présence au monde, de son passage.
    Le tableau n'est pas un spectacle de masse. Ce n'est pas une affaire d'élite mais d'individu, "touché" ou pas, sensible à...
    Je ne sais pas ce que font les autres dans les musées, devant les tableaux, ce qu'ils pensent, ressentent, croient... Nous sommes dans les palais du superficiel, reflet de la transfiguration du réel par des hommes aventuriers de l'inutile. C'est cette quête, cette vie consacrée qui me touche, me transporte. Voir la la forme qu'ils ont donnée au temps de leur vie.
    Il y a aussi une dimension "objective". Le peintre n'est pas innocent. Son oeuvre est sa preuve, la résolution des problèmes plastiques posés par d'autres, dans d'autres temps. Dans les musées, je compare les solutions apportées aux problèmes de geste, forme, couleur, taille, technique, motif.... Comment, soumis aux mêmes contraintes, chaque "artiste" résoud l'équation.

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  5. J'aime beaucoup:

    "c'est toujours l'histoire d'un homme, qui, face à son destin, laisse une trace silencieuse et colorée de sa présence au monde, de son passage."...

    Je relis le texte de Rothko et va savoir, je le reçois mieux.

    L'histoire d'une vibration qui s'établit. Ca oui...
    Mais pas à sacraliser pour autant.
    Ca, ça me gène.
    Mais bon chacun selon!

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  6. j'aime vraiment beaucoup cette photo

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