12/05/2020

Troublé


L’humain.e est avant tout préoccupé.e par sa survie. Sa première réaction en cas de danger est de s’assurer qu’il aura à manger. Même dans nos sociétés d’abondance, c’est ce premier mouvement qui l’entraîne, instinctivement pourrait-on dire, irrépressible. Chacun.e, devant l’idée de risque de pénurie, s’est inquiété.e, mobilisé.e. Une fois rassuré.e, iel s’est calmé.e et a accepté toutes les autres privations sans broncher. On ne peut pas s’empêcher de voir pointer la gueule de l’animal domestiqué dans ces situations, qui, une fois rassasié, se soumet à l’autorité arbitraire de son maître. La rose reste indifférente à ces agissements. 


06/04/2020

Confinement




Espace et temps
Les deux sont étroitement liés, consubtanciels, un seul et même phénomène que nous avons abusivement séparé en deux. Une entité souple à deux dimensions, quand l’une se réduit, l’autre se déforme. Si un corps est maintenu dans un espace confiné, le temps se rétracte d’autant, il se coagule, devient visqueux, épais, étouffant.

Confinement



Je laisse ma main droite tracer ce qu’elle veut sur la feuille de verre. Quel est ce message que mon cerveau cherche à me transmettre ?  Une injonction à renouer le lien perdu entre biologie et biographie, entre vivant et vécu ? Ces signes ressemblent autant à une écriture qu’à un organisme ...

Confinement



Ces photos d’enfants en noir et blanc parlent du monde d’avant. Elles racontent, en un cliché, l’insouciance, l’avenir en couleurs. Elles montrent que c’était possible mais qu’on a raté l’embranchement. Mus par la folie des grandeurs, enivrés par le vitesse, nous nous sommes perdus... et nous voilà, sidérés, face au mur.

04/10/2019

Ben voyons






Cette nuit, je courais sur les sentiers de la Sainte victoire. J’étais léger comme dans mes meilleurs jours. Je sentais la stabilité de mon pied à chaque impact sur les cailloux, les muscles qui se contractaient pour lancer la foulée suivante. Un vent doux régulait ma température, j’avais le soleil dans le dos, j’exultais... Mais, subitement, j'ai réalisé que je n’avais pas le droit de courir, que cela m'était strictement interdit, pendant quatre mois. J’ai hésité un instant, arbitré entre «mais ça va là» et «non il ne faut pas» et je me suis mis à marcher. A ce moment précis, je me suis réveillé, le coeur palpitant, et j’ai réalisé que je rêvais ...

04/09/2019

Gag

Les questions ont toujours le dernier mot.

03/09/2019

Saison 3


Un grand silence, celui du temps suspendu entre deux vertiges. Les mots, comme la mer, suivent la volonté des astres.



08/11/2017

Hum


J'ai passé une bonne partie de ma vie au service de l'Education Nationale.
Deux mots majuscules.

Education, le mot dit beaucoup de l'idée que l'on se fait de notre humanité, plus qu'un état, un devenir.
Il a l'air propre sur lui. Il se distingue du dressage qu'on réserve pour les animaux...

Cette séparation est-elle si pertinente ?

Si on accepte de déposer ses idées sur la question et de regarder le phénomène sans affect alors on découvre des similitudes troublantes.

Souvent le langage lui-même se laisse piéger quand il n'est pas sur ses gardes. Devant l'échec de l'éducation et du dressage, il ne s'embarrasse plus de voiles, d'un même trait il parle de rééduquer et de redresser.

S'il fait attention à cacher ses intentions en s'entourant de précautions, de fioritures (un ministère pose le socle indiscutable de sa légitimité), il se laisse déborder par d'anciennes pratiques restées dans le langage commun. Ainsi le mot "maître" s'applique tout aussi bien à l'éducateur qu'au dresseur. Il conserve aussi des traces de son passé peu glorieux s'attachant aussi à l'esclave.

Et là, on voit, sans ambigüité, se dessiner un motif identique, celui de l'acte et de sa volonté.
L'animal humain s'applique en toutes circonstances à exercer sa domination sur tous les animaux.

Je préconise que l'on remplace dorénavant le mot "éducation" par Accompagnement.
En cas d'égarement, on parlerait de réaccompagner, c'est doux, non ?


20/10/2017

Surprise




J'ai retrouvé les silences et les nuits étoilées. Ils ont quitté la ville pour se réfugier dans la montagne.

Parfois, lorsque nous marchons sur les hauts plateaux, le silence est si intense que nous chuchotons pour ne pas le déranger.

Dans les premiers jours,  la nuit, quand nous rentrions, nous marchions sur la route en nous éclairant à la lampe frontale. Maintenant, nous laissons la lune et les étoiles nous guider.








19/10/2017

Plis

Ce matin, j'ai suivi ma troisième leçon de Feldenkrais.

Il est question de porter son attention sur ses articulations, sa colonne, ses vertèbres, ses os, d'examiner les déplacements de son corps et d'en mesurer les effets.

Cette activité, bien qu'elle se déroule allongée et que la somme effective des mouvements pratiqués soit à peine visible, m'épuise.

Et, pour la première fois, j'ai touché du doigt et pris conscience de mon squelette.

C'est une expérience inattendue et assez désagréable. La plupart du temps, nous sommes ignorants de cet aspect des choses.

Voilà, c'est comme ça. En se repliant puis se en dépliant, on peut saisir l'imperceptible qui nous maintient debout.