La poésie c’est toujours un peu suspect, le mot déclenche rarement l’enthousiasme. Si je dis « je vais te lire un poème » un voile invisible de fatigue vient altérer ton doux visage.
Et c’est vrai, la poésie a mauvaise réputation, depuis l’enfance. Les souvenirs remontent : ânonner au tableau noir, piquet planté sur l’estrade sous le regard (plus ou moins) bienveillant de l’enseignant.e. L’image est persistante. Il y avait celles et ceux (surtout ceux) qui abandonnaient dès les premiers mots, à peine le titre massacré et retournaient, penauds, à leur place, dépités mais libérés. D’autres, sûr.e.s de leur mémoire, qui débitaient le texte d’un trait sans respirer, une mitraillette jusqu’au nom de l’auteur qu’ils enchaînaient sans pause. Il y avait l’élève modèle, celui ou celle sur lequel (laquelle) comptait le maître pour redorer son blason, faire jouer la musique des mots assemblés par le poète.
Bref, un poème ça rime à rien, du temps perdu, jeté par les fenêtres.
Et puis il y a Louise qui s’avance, elle est délicate, fine et fragile, une vieille dame aujourd’hui. Et ses mots t’attrapent, te tournent, te retournent, t’arrachent la peau, te déchirent l’âme. Tu es tout nu, tout petit, tu trembles. Putain, que c’est beau, que c’est bon.
Je n’ai pas écrit un seul poème dans les carnets, je bavasse de longue mais pas le moindre petit vers à se mettre sous la langue, pas même un petit haïku de rien du tout.
Aucun poème
Pas même
Un petit haîku
De rien du tout